Carte RGA 2026 : la géologie n’a pas changé, le risque oui

Carte RGA 2026 : la géologie n’a pas changé, le risque oui

La carte nationale d’exposition au retrait-gonflement des argiles (RGA) évolue fortement. Pourtant, les argiles, les marnes et les formations superficielles n’ont pas changé entre deux arrêtés. Ce qui change, c’est l’exposition réelle au risque : climat, bâti, sinistralité et usages du territoire.

Le BRGM et l’État mettent à jour la carte nationale d’exposition au retrait-gonflement des argiles. Certaines communes changent de niveau d’exposition. Des secteurs passent en exposition moyenne ou forte. D’autres restent stables.

À retenir.
La carte RGA 2026 ne montre pas un changement de géologie. Elle montre une réévaluation de l’exposition au risque : sécheresses plus intenses, bâti exposé, sinistralité récente et évolution de la méthode de classification.

Explorez la carte : zoomez sur votre commune pour comparer l’exposition au retrait-gonflement des argiles entre la carte utilisée depuis 2020 et le nouveau zonage 2026.

Note : la carte officielle d’exposition au retrait-gonflement des argiles couvre la France métropolitaine hors ville de Paris. Dans cette visualisation, Paris doit donc être lu comme hors périmètre officiel de la cartographie RGA.

À première vue, on pourrait croire que le sous-sol français a changé.

Il n’a évidemment pas changé.

La géologie se compte le plus souvent en milliers, millions, parfois centaines de millions d’années. Les argiles, les marnes et les formations superficielles ne se réorganisent pas entre deux arrêtés. Ce qui change, ce n’est pas la géologie elle-même. C’est l’exposition réelle au risque : épisodes de sécheresse plus intenses, sols urbanisés, végétation modifiée, bâti existant, sinistres observés.

La géologie est le support. Le risque est une interaction.

Une carte de risque, pas une carte géologique

Une carte géologique répond à une question : qu’y a-t-il sous nos pieds ?

Une carte d’exposition au retrait-gonflement des argiles répond à une autre question : où ce phénomène peut-il endommager des constructions ?

Ce n’est pas la même chose.

Le retrait-gonflement dépend bien sûr de la présence d’argiles sensibles. Mais il dépend aussi de l’eau, de la sécheresse, de la végétation, de l’imperméabilisation des sols, de la profondeur des fondations, de la qualité du bâti, et de la manière dont les dommages sont déclarés, expertisés, reconnus et indemnisés.

Une carte RGA n’est donc pas seulement une carte du sous-sol. C’est une carte d’exposition d’un territoire habité.

Le climat force le système

Le mécanisme est simple dans son principe.

Un sol argileux peut gonfler lorsqu’il s’humidifie. Il peut se rétracter lorsqu’il s’assèche. Ces variations de volume génèrent des mouvements différentiels du terrain. Une maison posée sur ce sol ne bouge pas toujours de manière homogène. Les fondations travaillent. Les murs fissurent. Les portes coincent. La structure souffre.

Ce phénomène existe depuis longtemps.

Ce qui change aujourd’hui, c’est l’intensité et la fréquence des cycles hydriques. Sécheresses plus sévères, canicules répétées, alternance entre périodes sèches et retours des pluies : le changement climatique ne crée pas les argiles, mais il rend leurs effets plus fréquents, plus intenses et plus coûteux.

La carte évolue parce que le système complet évolue : climat, sol, bâti, végétation, aménagement.

On ne peut pas envoyer un géologue dans chaque jardin

Une carte nationale généralise forcément.

Elle ne peut pas inspecter chaque parcelle, chaque maison, chaque fondation, chaque terrasse imperméabilisée, chaque arbre planté trop près d’un mur, chaque drainage, chaque fuite de réseau.

Il faut donc construire une information utile à grande échelle.

Pour cela, les cartes d’exposition croisent plusieurs familles de données : formations argileuses, caractéristiques géologiques et géotechniques, contexte hydrique, historique des sinistres, retour d’expérience des sécheresses récentes.

C’est logique. Mais cela mérite une précision importante : la sinistralité n’est pas la nature.

La sinistralité n’est pas la nature

Un sinistre reconnu n’est pas uniquement un signal géologique. C’est le résultat d’une chaîne complète.

Il y a d’abord un système physique : un sol argileux, un déficit hydrique, une réhydratation, un mouvement différentiel. Puis il y a un bâtiment, avec sa conception, son âge, ses fondations, son environnement proche. Ensuite viennent la déclaration, la requête municipale, l’expertise, l’assurance, l’éventuelle reconnaissance Cat Nat, parfois la contestation et le juge.

Autrement dit, la sinistralité contient de la physique, mais aussi de l’administration, de l’assurance, du droit, de l’économie et des inégalités territoriales.

Elle est donc précieuse, parce qu’elle montre où le phénomène produit réellement des dommages. Mais elle doit être interprétée avec prudence. Elle ne décrit pas seulement le sol. Elle décrit aussi la manière dont une société construit, déclare, reconnaît et indemnise les dommages liés au sol.

Schéma montrant la chaîne d’un sinistre lié au retrait-gonflement des argiles, depuis le climat et l’humidité des sols jusqu’à la reconnaissance Cat Nat, l’assurance, l’expertise et le contentieux éventuel.
Un sinistre RGA reconnu n’est pas un simple signal géologique. C’est le résultat d’une chaîne où interagissent climat, sol, bâti, décision publique, assurance, expertise et parfois contentieux.

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Pourquoi la reconnaissance Cat Nat compte.
Pour être indemnisé au titre du régime des catastrophes naturelles, il faut être assuré pour les dommages aux biens et la commune doit être reconnue en état de catastrophe naturelle par arrêté interministériel publié au Journal officiel. Après publication de l’arrêté, l’assuré dispose de 30 jours pour déclarer son sinistre auprès de son assureur, qui instruit ensuite le dossier.

Cette chaîne est essentielle pour comprendre la nouvelle carte. Lorsque la sinistralité est utilisée pour améliorer une carte d’exposition, elle apporte une information réelle : là où des dommages ont été observés, déclarés, expertisés et reconnus. Mais elle transporte aussi les biais du système qui produit cette reconnaissance.

Ce que montre la nouvelle carte

La nouvelle carte ne dit pas que la géologie française a changé.

Elle dit que l’exposition réglementaire au retrait-gonflement des argiles est réévaluée à partir des connaissances disponibles, des effets du changement climatique et de la forte sinistralité récente.

C’est une nuance essentielle.

Une commune qui passe de faible à moyen, ou de moyen à fort, ne s’est pas transformée géologiquement. Elle est reclassée parce que son niveau d’exposition estimé devient plus élevé au regard des données disponibles.

Le changement est loin d’être anecdotique. Selon le BRGM et Géorisques, 55 % du territoire hexagonal est désormais concerné par une exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles, contre 48 % auparavant. La mise à jour prend notamment en compte environ 240 000 sinistres RGA survenus entre 2018 et 2022, soit 58 % de la totalité des sinistres RGA depuis 1989.

Les conséquences sont concrètes : information des acquéreurs, ventes de terrains constructibles, contrats de construction de maisons individuelles, études de sol, prévention, assurance, perception locale du risque. Le nouveau zonage entre en application au 1er juillet 2026 pour les promesses de vente, les actes authentiques de vente des terrains non bâtis constructibles et les contrats de construction de maisons individuelles.

Une méthode qui change aussi

La mise à jour ne consiste pas seulement à ajouter des sinistres récents. Elle modifie aussi la manière de les lire.

La carte utilisée depuis 2020 reposait notamment sur une densité de sinistres par kilomètre carré urbanisé. La mise à jour 2026 privilégie une fréquence de sinistres : le nombre de sinistres est rapporté au nombre de logements individuels, calculé à partir de la Base de données nationale des bâtiments.

Ce choix est important. Les maisons individuelles sont beaucoup plus exposées au retrait-gonflement des argiles que les logements collectifs, notamment parce qu’elles reposent souvent sur des fondations plus légères. Rapporter les sinistres au nombre de maisons individuelles permet donc de mieux lire l’exposition réelle du bâti vulnérable.

La carte ne mesure donc pas seulement un sol. Elle mesure une exposition : une interaction entre formations argileuses, climat, maisons individuelles et sinistralité observée.

Ce que cette carte n’est pas

La carte RGA est une carte nationale d’exposition réglementaire. Elle ne remplace pas une étude de sol à la parcelle.

Son échelle de référence est celle des cartes géologiques au 1/50 000 : elle indique un contexte d’exposition, pas la nature exacte du sol sous chaque maison.

Une commune classée en exposition moyenne ou forte n’est pas uniformément exposée. À l’intérieur d’un même territoire, il peut y avoir des zones argileuses sensibles, des secteurs peu concernés, des bâtiments vulnérables, d’autres moins exposés.

Inversement, une commune peu exposée à l’échelle cartographique peut contenir des situations locales particulières : argiles d’extension limitée, altérations locales, placages argileux ou configurations hydrologiques spécifiques.

La carte n’est donc pas un diagnostic de maison. Elle sert à identifier un contexte d’exposition, à orienter la prévention, à informer les propriétaires et les acquéreurs, à cadrer les obligations réglementaires.

Le vrai sujet : habiter un sol vivant dans un climat instable

Les sols argileux ne sont pas inertes. Ils réagissent à l’eau, aux racines, aux drains, aux remblais, aux fondations et aux usages du territoire.

Pendant longtemps, on a construit comme si le sol était stable par défaut.

Le changement climatique rappelle une évidence physique : un sol est un système dynamique. Il peut se contracter, gonfler, se déformer, transmettre des contraintes au bâti.

La question n’est donc plus seulement : suis-je en zone jaune, orange ou rouge ?

La vraie question devient : comment rendre une maison, une rue, une commune ou un territoire plus résilient face à un sol qui réagit de plus en plus fortement aux sécheresses ?

Ce que fiñv veut apporter

Une carte nationale est nécessaire. Mais elle reste une première lecture.

L’enjeu est maintenant de descendre à l’échelle locale : comparer les cartes, suivre les communes, observer les signaux hydriques, croiser les données géologiques, climatiques, satellitaires et assurantielles.

L’observation de la Terre peut contribuer à cette lecture.

Les satellites radar, l’InSAR, les séries temporelles hydriques et les données géologiques ne remplacent pas l’expertise de terrain. Mais ils permettent de mieux voir où les sols bougent, où les cycles saisonniers sont marqués, où les signaux se répètent, où certains territoires deviennent plus sensibles.

Le but n’est pas de produire une carte de plus.

Le but est de produire des indicateurs actionnables : pour les communes, les propriétaires, les assureurs, les bureaux d’études et les aménageurs.

Sources et données

Cette page s’appuie sur les ressources publiques du BRGM, de Géorisques et de l’État concernant la mise à jour 2026 de la carte d’exposition au retrait-gonflement des argiles, la méthodologie de zonage, le dossier expert RGA et le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles.

BRGM — carte nationale d’exposition RGA 2026

Le BRGM indique que la carte nationale d’exposition au retrait-gonflement des argiles évolue à la demande de l’État afin d’intégrer la forte sinistralité récente, notamment après la sécheresse de 2022. Environ 240 000 sinistres RGA ont été déclarés entre 2018 et 2022, soit 58 % des sinistres RGA enregistrés depuis 1989.


Retrait-gonflement des argiles : la carte nationale d’exposition évolue

Géorisques — carte d’exposition RGA 2026

Géorisques précise que l’arrêté du 9 janvier 2026 met à jour la carte d’exposition RGA utilisée depuis 2020 afin d’intégrer les effets du changement climatique et la forte sinistralité récente. Le nouveau zonage s’applique à compter du 1er juillet 2026 aux promesses de vente, actes authentiques de vente de terrains non bâtis constructibles et contrats de construction de maison individuelle.


Retrait-gonflement des argiles — carte d’exposition 2026

Géorisques — dossier expert RGA

Le dossier expert de Géorisques détaille le phénomène de retrait-gonflement des argiles, les conséquences possibles sur les constructions, les principes de prévention et les limites d’interprétation de la carte à l’échelle locale.


Dossier expert sur le retrait-gonflement des argiles

Géorisques — indemnisation Cat Nat

Géorisques décrit le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles, les conditions de reconnaissance par arrêté interministériel publié au Journal officiel, ainsi que les délais de déclaration et d’indemnisation des sinistres.


Le dispositif d’indemnisation des catastrophes naturelles

Ces sources décrivent une exposition réglementaire et un cadre national de prévention et d’indemnisation. Elles ne constituent pas un diagnostic à la parcelle et ne remplacent pas une étude géotechnique locale.

Continuer la lecture

Ces articles forment une progression : comprendre les sols argileux, comprendre ce que mesure l’InSAR, puis croiser les signaux hydriques, géologiques et Cat Nat à l’échelle territoriale.


Comprendre les sols argileux et le retrait-gonflement


Comprendre l’InSAR et les mouvements du sol


Quand sécheresse physique et signal assurantiel ne racontent pas la même histoire

Comprendre les mécanismes. Quantifier les dynamiques. Décider.